La méthode thermométrique

La température normale du corps humain au repos est de 37,2°C. Le maintien de l’homéostasie, c’est-à-dire la capacité de maintenir constant l’ensemble des paramètres physico-chimiques d’un organisme (pH, pression, glycémie, etc.), est indispensable à la survie de l’Homme, notamment le maintien d’une température constante.

Quand un organisme meurt, cette régulation disparaît et la température du corps va peu à peu atteindre la température ambiante : l’arrêt des phénomènes d’homéothermie entraine une égalisation progressive du corps avec celle de son environnement. Dans les pays tempérés, il s’agit donc le plus souvent d’un refroidissement. 

 Le refroidissement cadavérique se traduit par l’atteinte de l’équilibre entre la température ambiante et la température de la dépouille.

Un corps, après sa mort, perd environ 1 degré Celsius par heure. Cependant, la température du corps ne peut pas descendre plus bas que la température du milieu dans lequel il se trouve. La température de la peau s’alignera sur la température ambiante environ 8 à 12 heures après la mort. Par contre, la température intérieure du corps mettra elle 2 à 3 fois plus de temps.

 

Ce phénomène est connu depuis la préhistoire mais son intérêt dans le domaine de la médecine légale n’a été identifié que vers le milieu du XIXe siècle.

          La température du cadavre est le premier paramètre à prendre en compte par l’équipe médico-légale. En effet, si le décès est intervenu plus de 24h avant, la température n’est plus exploitable et la mort est très difficile à dater.

 

Médecins légistes débutant l’examen d’un cadavre.

Le refroidissement cadavérique commence au niveau de la face et des extrémités (des parties découvertes) et constitue un phénomène progressif et linéaire.

 Durant les premières heures suivant la mort, la température corporelle ne change pas beaucoup. Le corps subit dans un premier temps une légère hyperthermie, puis perd progressivement environ 1 degré par heure. Cette phase, durant laquelle la variation de température corporelle est très faible, est dite de « plateau thermique initial » et dure de 30 minutes à 3 heures. Si la mort est inférieure à 3 heures, cette technique est donc inefficace puisqu’il n’y a pas de réelle variation de la température corporelle.

            Ensuite apparaît la phase dite « phase intermédiaire de décroissance rapide » pouvant durer jusqu’à 18 heures après le décès. Au bout de 10 heures, le corps atteint une température d’environ 29°C. Cette phase est optimale pour dater un cadavre avec la méthode thermométrique.

            Enfin, la troisième et dernière phase apparaît : la phase « terminale de décroissance lente ». La température corporelle rejoint peu à peu la température ambiante.

La datation par méthode thermométrique ne pourra plus être utilisée à partir de cette phase.

Le Dr. Claus Henssge a cherché à modéliser la décroissance thermique sous la forme d'une fonction bi-exponentielle variable selon le poids de l'individu et a établi une formule mathématique permettant de déterminer l’heure du décès à partir de la température rectale ou celle du foie, de la température ambiante, et de la masse de l’organisme: 

Dans cette formule, k est une variable déterminée grâce à la masse en kg du cadavre :

                                                               

 L’intérêt du refroidissement comme marqueur du délai post-mortem est qu’il s’agit d’un phénomène facilement quantifiable. Lorsqu’elle est mesurée dans des conditions appropriées, la température du corps est l’un des meilleurs estimateurs du délai post-mortem pendant les 24 premières heures.

Cette méthode présente toutefois un certain nombre de limitations :

-          Elle n’est valable qu’entre 3h et 18h après la mort.

-          En utilisant cette méthode, on présume que la température du corps à la mort de la personne était de 37,2°C mais ce chiffre peut beaucoup varier, notamment en cas d’hyperthermie (par exemple, décès dans un contexte infectieux) ou d’hypothermie (par exemple un SDF retrouvé mort de froid) avant la mort.

-          Les équations du refroidissement (formules de Henssge) supposent que la valeur de la température ambiante est restée constante et ne sont donc pas toujours correctes, notamment si le cadavre a été retrouvé à l’extérieur, en zone de température fluctuante.

Elle peut aussi être biaisée par des facteurs interférents d’origine endogène (cadavérique) ou exogène (environnementale) :

-          La masse corporelle : plus le poids est élevé, plus le refroidissement sera lent.

-          Les mouvements de l’air : ils accélèrent les pertes thermiques par convection, c’est pourquoi il est important de noter certains détails comme la présence de vent quand la scène de crime est extérieure, la présence de courants d’air, etc.

-          L’humidité de l’air : plus le degré hygrométrique de l’air est élevé, plus il y aura de pertes thermiques.

-          La présence de vêtements : ceux-ci constituent un isolant thermique ; plus l’épaisseur sera importante, plus le refroidissement du corps sera retardé.

-          L’immersion du corps : la déperdition thermique d’un cadavre est beaucoup plus rapide dans l’eau que dans l’air, et est accélérée quand le corps se trouve plongé en eau courante.

La figure ci-dessous montre le normogramme de Henssge. Cet abaque présente trois entrées : la température du corps au niveau rectal, la température ambiante et la masse corporelle. Il donne une estimation du délai post-mortem correspondant à la situation d’un corps nu retrouvé à l’air libre en atmosphère immobile et sèche.

Selon l’endroit de découverte du corps, il faut tenir compte de coefficients. La valeur de base obtenue doit être ajustée grâce à des facteurs correctifs.

Par exemple :

  • Corps habillé modéremment, air calme : Cf=1,2
  • Corps habillé chaudement, air calme : Cf=1,4
  • Corps nu, air en mouvement : Cf=0,75
  • Corps nu et mouillé, air calme : Cf=0,5
  • Corps nu dans l’eau courante : Cf=0,35
  • Corps très habillé, très couvert, lit : Cf=2 à 2,4                        

Représentation de la température corporelle du corps humain selon les organes.

Sur une scène de crime, il est nécessaire de mesurer la température centrale du cadavre aussi bien que la température ambiante (celle de l’environnement). Ces deux mesures doivent être réalisées en même temps avec le même instrument ; l’heure de la mesure doit être notée avec précision.

La plupart du temps, la température centrale du cadavre est mesurée au niveau rectal bien que cette zone puisse être la cible d’artefacts, notamment lors des cas de violences sexuelles.

L’instrument de référence est le thermomètre électronique à thermocouple, ayant une précision de 0,1°C, qui possède une sonde de pénétration souple ou rigide devant être introduite d’au moins 10 à 15cm dans le rectum du cadavre.

                                                                

Thermomètres électroniques à thermocouple.

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